« LES SCÈNES DE NU ME
FONT PEUR »
KEIRA KNIGHTLEY
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Sous une apparence fragile, elle fait preuve d’une rare maturité. En entretien, la star de 27 ans découverte dans Pirates des Caraïbes se montre détendue et enjouée – loin de la sensibilité de jeune fille affichée lors d’interviews passées. Nous avons parlé de ses peurs comme le délire de persécution, des troubles alimentaires, et de son aversion pour les plans de vie.
Cette année, on vous a vu au cinéma dans la comédie « Jusqu’à ce que la fin du monde nous sépare ». Avant cela, on ne vous a jamais vue dans des rôles comiques…
Oui, tout simplement parce que je n’avais jamais tourné de comédie. Je ne suis pas complètement sûre d’y être arrivée. J’avais très peur, mais je pense qu’il est nécessaire de se confronter à ses peurs.
Est-ce que vous avez peur de la « fin du monde » par exemple, ou de l’avenir ?
Non. Je ne prévois absolument rien, je n’aime pas faire de plans. Il y a des acteurs qui peuvent vous dire : « Bon alors bientôt je tourne ça, et puis après il y a ça », mais moi j’en suis incapable. Je n’en ai pas envie non plus. J’aime mieux me tenir sur la plage et voir ce que la mer rejette.
Vous n’aimez pas faire de projets ?
Dans la vie tout peut changer. Par exemple, je peux avoir commandé une salade niçoise, et on m’apporte une salade César. Ce qui n’est pas un problème. Ou alors je sors de l’hôtel et me fais renverser par un bus – là, toutes les prévisions s’avèrent inutiles.
Votre carrière a pourtant suivi une ligne droite. Vous vouliez devenir actrice quand vous étiez petite et c’est exactement ce qui s’est passé.
Quand j’étais plus jeune, j’avais tendance à forger des plans très déterminés. Mais tout de cela ne s’est pas réalisé. Je voulais aller à la fac – je ne l’ai pas fait. À 17 ans, je me suis inscrite à un cours de maçonnerie – ça non plus je ne l’ai jamais terminé. Ma devise désormais, c’est « Go with the flow ». Si je savais ce que je vais faire l’année prochaine, je deviendrais claustrophobe.
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Vous êtes pourtant engagée dans une relation sérieuse – cela ne nécessite-t-il pas de trouver ensemble des bases stables ?
Mais chaque personne est amenée à changer, et donc même une relation n’a pas de mesures absolues. Si tu es heureux, c’est génial, si tu ne l’es pas, tu dois changer quelque chose. Voilà l’unique et simple règle.
Qu’est-ce que vous faites si votre petit ami réserve des vacances romantiques à deux aux Caraïbes pour dans trois mois ?
Laissez-moi plutôt vous parler de mes amis. La plupart travaillent en free-lance et ne savent donc pas plus que moi de quoi l’avenir sera fait. C’est justement pour cette raison que l’on s’entend si bien. Et ceux qui parmi eux ont un travail de bureau avec des horaires de travail fixes comprennent que je ne puisse pas m’engager à l’avance – même à deux semaines d’intervalle. Il n’y a que pour les rendez-vous de travail que je n’ai pas le choix.
Comment réagissez-vous alors à des invitations privées ?
J’ai la chance d’avoir une carrière me permettant de grandes libertés. Du coup, si quelqu’un veut partir aux Caraïbes avec moi, je lui dirais : « Ok, j’ai du temps, et je vais pouvoir le garder pour moi ». Si quelque chose survient entretemps, je pourrai toujours m’adapter.
Quel a été votre dernier grand voyage ?
Oh mon Dieu, je me rappelle à peine d’où j’ai été ces dernières années. Rien d’exotique en tous cas. Je suis allée une fois en Himalaya, mais c’était il y a longtemps.
Êtes-vous du genre sac à dos ?
J’aime tout. Parfois j’ai un peu besoin d’aventure, mais dans le doute, j’aime tout autant rester chez moi et regarder les autres. J’ai été très prise par exemple par le documentaire « The Long Way Around » - à propos de la virée d’Ewan Mc Gregor et Charlie Boorman, qui ont traversé la moitié du monde en moto.
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Et ça ne vous a jamais donné envie de faire la même chose ?
Il y a huit ans, j’avais même prévu de faire ça. Merde, c’était il y a si longtemps déjà ! Mon amie Carey Mulligan et moi avions regardé « Motorcycle Diaries » («Carnets de voyage», film de Walter Salles, NDLR) et en étions venues à l’idée de traverser l’Amérique du Sud en moto. Elle m’avait même acheté un guide touristique et disait « Il faut qu’on choisisse notre itinéraire ». Mais finalement, ça ne s’est pas fait.
Pourquoi ?
Je ne sais plus, quelque chose est arrivé entretemps. Mais je sais qu’un jour on le fera. J’ai toujours le guide quelque part chez moi. En revanche, je ne ferais plus ça en moto. Une caravane serait une bien meilleure idée.
Qu’est-ce que vous amis vous apportent ?
Avec eux, je peux être moi-même. Il n’y a qu’avec mes amis que je peux être complètement ouverte.
Et vous aimez faire de grandes fêtes avec eux sur votre bateau…
Qui vous a dit que j’en avais un ? (rires) C’est une de ces nombreuses rumeurs que l’on colporte à mon propos. Non, c’est une maison – à Londres, et nulle part ailleurs. Y être tranquillement avec ma famille et mes amis me détend complètement. Je leur fais à manger, même si je ne sais pas faire grand-chose de plus qu’un poulet rôti. Dans ce cercle en tout cas, je trouve calme et concentration.
Est-ce que ce buzz permanent autour de votre vie est parfois trop lourd ?
J’ai appris à y mettre un frein. Après « La Duchesse », que j’ai tourné en 2008 j’étais vraiment épuisée. Je me suis dit « Stop, je ne peux plus ». Après ça j’ai pris une année, pendant laquelle j’en ai fait le moins possible. L’avalanche de publicité était trop lourde pour moi. J’ai cru que je devenais folle. Des gens m’appelant par mon nom tout autour de moi, j’avais l’impression d’entendre des voix. C’était à la limite du délire de persécution. Si j’étais allée voir un médecin, il m’aurait peut-être même trouvée schizophrène. Il fallait que j’en sorte.
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Les médias vous taxent même d’anorexie…
Parce qu’il leur faut un nouveau drame par semaine. Pour le dire une fois pour toutes : je ne souffre d’aucune sorte de trouble alimentaire. Ça n’a jamais été le cas. Tout le reste est pur mensonge. Je l’ai dit clairement à plusieurs reprises mais personne n’en tient compte. Imaginez qu’on vous dise : vous avez une maladie mentale. Vous vous sentiriez alors aussi mal que moi.
Mais est-ce qu’on ne vous a pas laissée plus tranquille après votre pause ?
Oui, absolument. Je peux retourner au pub et je prends aussi le métro pour aller faire du shopping. Parfois on me reconnait, parfois non, mais alors ce n’est pas un drame. Je fais seulement attention à ne pas trop me répandre sur les endroits où je me rends.
Aimez-vous les apparitions publiques, lors de premières par exemple ?
Oui, parce que je témoigne par là du respect pour le travail de mes collègues. Après tout, un film implique environ 500 personnes. Et il est important que je sois présente. Même si je n’aime pas me voir à l’écran.
Pourquoi ?
Parce que je peux m’apercevoir que je suis moche en faisant certaines mimiques. Par coquetterie, je me dis que je ne ferais plus jamais ça. Déjà, j’ai arrêté de sourire sur les photos parce que j’ai vu que ça faisait bête. Mais si je me mettais à mettre de telles limites à mon jeu d’actrice, ce serait catastrophique. Ce dont j’ai l’air dans un rôle doit m’être complètement égal.
Mais votre apparence compte quand même pour vous ? Vous faites figure de véritable icône mode.
L’important, c’est que je me sente bien dans mes tenues. Il m’est arrivé de porter des robes extrêmement chères lors de premières, mais il fallait ensuite vite que je les enlève, parce que je ne me sentais pas à l’aise dedans.
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Ici il n’y a pas de tapis rouge. Vous êtes pourtant arrivée à cette interview dans une robe Valentino.
Ce serait absurde de rencontrer un journaliste en portant mes habits de tous les jours. Cette robe est a d’ailleurs été empruntée. En tant que Keira, je n’ai rien à dire – alors je me dis que je joue un rôle public et que pour cette fonction je peux me déguiser.
Mais vous n’avez apparemment aucun problème à vous montrer déshabillée – à l’écran ou sur la couverture de magazines.
Oh si, je remets complètement en question les scènes de nu. Et j’en ai peur aussi. Dans les magazines, je ne me suis montrer nue qu’une fois, pour Vanity Fair. D’abord c’était bizarre parce que ce jour-là je ne m’étais pas rasé les jambes. Mais je me suis dit « Et puis merde !». Parce que dans quelques années, je ne serais peut-être plus assez en forme pour ça. Ma mère disait : quand je serai grand-mère, je me ferai tatouer les tétons en bleu pour que tout le monde puisse voir quelle vie trépidante j’ai eue. Cette photo montre justement mes tétons bleus – au figuré. Un jour, je les montrerai fièrement à mes petits-enfants.
Avant ça, il faudrait encore que vous mettiez des enfants au monde.
Je préfère ne pas encore penser à ça. Un jour, oui. En tout cas je ne voudrais pas en avoir beaucoup. Mais comme je disais, je ne fais pas de plans. Parce que je ne peux pas contrôler la vie.
















